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salle sculpture et design
France (France)
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français Voilà une auvergnate dont les œuvres et surtout l’esprit même eussent plu à Dubuffet et Chaissac, théoricien et promoteur de l’art brut. Difficile en effet de concevoir artiste moins (pré-ou dé-)formée par quelqu’école ou un quelconque maître ; difficile aussi, face à ses œuvres, de croire que « brut »signifie médiocre. Cette plasticienne se révèle donc à la fois libre de toute influence d’un style extérieur, et entièrement déterminée par son univers intérieur. Avançant yeux grands ouverts dans le paysage conçu comme pourvoyeur de matériaux végétaux (éclats de bois, racines, champignons) et fragments divers (coquillages, galets, plumes), elle croit découvrir en ces rebuts des formes voire des personnages qui lui seraient extérieurs, mais qu’en fait elle a intérieurement conçus au préalable : « la récupération, c’est la chasse au trésor depuis mon plus jeune âge(…). Au départ, un morceau de bois(…) m’interpelle soit dans sa forme, soit dans sa structure. » ; en réalité, c’est elle qui interpelle le morceau de bois qui ne lui sert que de miroir. Dés lors son acte créatif, qu’elle décrit comme une compulsion « essentielle à son équilibre personnel », apparaît comme une sorte d’accomplissement facile et enthousiasmant consistant à mettre au monde et parfaire un être esthétique qui existe déjà : « c’est souvent durant le dégrossissage que la cohérence finale prends corps. La taille, phase la plus jubilatoire, est le moment où la pièce se met à vivre. C’est un réel bonheur de la découvrir(…). L’art brut est donc peut-être l’art le plus pur, en ce qu’il s’avère authentique jaillissement esthétique d’une pulsion créatrice. Qu’on ne s’y trompe pas cependant : cette pureté supposée naturelle reste en fait culturellement marquée, non par une école ou un style, mais par les préoccupations de notre temps : le goût de la récupération et du recyclage par exemple, ou pour l’Afrique-sensible dans Pataouète. A ce propos, les titres mêmes de ses œuvres, toujours imagés, traduisent l’importance de la dimension spontanément ludique du travail de Moutte. Ce gout du jeu éclate aussi dans les formes mêmes de son projet les sages : puissant expressionnisme du visage central de censeur, audace pathétique et comique à la fois du visage de droite un peu énigmatique ; quand au visage de gauche, dubitatif et même interrogateur, sa barbe de style presqu’assyrien est interrompue en écharpe par une nervure de bois… Liberté, fantasmagorie, (auto-)dérision : cet art brut tient aussi du surréalisme, pratiquant une sorte de « sculpture automatique » comme Breton et ses amis s’efforçaient à l’écriture semblablement qualifiée. Puissance des volumes, énergie des couleurs, lustre des surfaces : la forme là encore, évoque l’Afrique ; quant au contenu…Ces sages le sont-ils vraiment, ou restent-ils la caricature d’une sagesse convenue ? On ne sait pas ; du moins expriment-ils à coup sûr la force plastique de Moutte. |
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